AXE II NAISSANCE ET DÉVELOPPEMENT DE LA LANGUE FRANÇAISE
Il faut remonter deux millénaires en arrière pour trouver l’origine du français. Au terme de la Guerre des Gaules (de 58 av. J.-C. à 51 av. J.-C.), les territoires au sud du Rhin deviennent provinces romaines. Pendant cinq siècles, le latin parlé, dit vulgaire, côtoie le gaulois, qui est une langue celtique. Cependant, le gaulois n’étant pas écrit, il se maintient difficilement, notamment dans le sud, plus romanisé.
Le français n'est pas une langue germanique qui vient d’un peuple germain, en l’occurrence les Francs. C’est une langue romane, c'est-à-dire d'origine latine, et ce n'est que plus tard qu'elle subit l'influence des Francs. De plus, on a souvent tendance à le faire remonter au gaulois, langue celtique, ce qui est une erreur.Vers 120 avant JC, avait commencé la conquête romaine de la Gaule. En un peu plus d'un demi-siècle, l'ensemble de la Gaule était dans l'orbite romaine et les Gallo-romains abandonneront finalement leur langue celtique en faveur du latin. Ils se mirent à parler latin à leur façon, avec leur accent, leur prononciation.
Dès le IVe siècle, de nombreux Francs sont déjà implantés dans le nord-est et assimilés aux armées romaines. Au Ve siècle, alors que l’Empire Romain d’Occident cède sous la pression des invasions barbares, les Francs se maintiennent autour du Rhin. Après plusieurs victoires, Clovis unifie les peuples francs et s’alloue le soutien des grandes familles gallo-romaines. Pour cela, il adopte leur langue, le gallo-roman, et leur religion, le catholicisme. En raison de l’origine germanique des Francs, la prononciation et la mélodie de la langue s’en trouvent modifiées. Ce peuple germanique donnera son nom à la future France.
Il est difficile de déterminer avec exactitude la "date de naissance" du français car les premiers textes en français sont rares. Le plus célèbre est celui des "Serments de Strasbourg", signé en 842 par les petits-fils de Charlemagne, qui est considéré comme le premier document officiel de la langue française.
On peut également citer la "Séquence de sainte Eulalie", texte en ancien français écrit au IXe siècle, qui raconte la vie exemplaire d'une jeune fille martyrisée au IVe siècle.
À la fin du VIIIe siècle, l’enseignement a périclité. Le peuple ne comprend plus le latin parlé par les clercs. À l’issue du Concile de Tours en 813, Charlemagne impose de prononcer les homélies dans la « langue romane rustique », autrement dit, dans les dialectes locaux. Cette décision marque la première reconnaissance de la langue parlée. Mais le véritable acte de naissance du français aura lieu trois décennies plus tard: au moment de diviser l’empire, des tensions se font sentir entre Lothaire et ses deux frères, Charles le Chauve et Louis le Germanique et ces derniers s’allient contre leur aîné. En 842, Charles et Louis prêtent serment, chacun s’exprimant dans la langue que les troupes de son frère pourront comprendre : Charles en « tudesque » (ancêtre de l’allemand) et Louis en « roman » (ancêtre du français). Retranscrits par un témoin de la scène, les serments de Strasbourg sont ainsi à la fois l’acte de naissance de la langue allemande et de la langue française. En passant de l’oral à l’écrit, la langue, encore très proche du latin vulgaire, se fixe.
Au Xe siècle, le gallo-roman a pris des centaines de formes. Sous l’influence du francique, un groupement de langues se forme : dans le nord : langues d’oïl, dans le sud : langues d’oc).
Le latin demeure la langue de la religion, de l’éducation et de la législation mais peu à peu, une littérature en langue vernaculaire se développe. Dès la fin du XIe siècle, les troubadours au sud et les trouvères au nord chantent leurs poèmes dans les différents dialectes. La Chanson de Roland, écrite en langue d’oïl, est l’un des exemples les plus emblématiques de la littérature de cette époque. Dès la fin du XIIe, la "langue du roi", c'est-à-dire le parler de la cour et d'Ile- de-France, est mieux reconnue.
Le XVe siècle voit naître la Renaissance italienne ainsi que l’imprimerie ; les textes antiques sont redécouverts et l’invention de Gutenberg permet une rapide diffusion du savoir. Pour éditer des ouvrages en nombre, la langue doit être fixée. Les langues vernaculaires accèdent alors à la reconnaissance. L’enjeu est double : religieux (la Bible est publiée en allemand en 1522) et politique. Par l’ordonnance de Villers-Cotterêts, en 1539, le français devient la langue du droit et de l’administration au détriment du latin.
Joachim Du Bellay publie Défense et illustration de la langue française en 1549. Les auteurs de la Pléiade, dont il fait partie, jouent le rôle de théoriciens et de lexicographes. Les mots jugés « barbares », c’est-à-dire non latins, sont expurgés du lexique.
Après le foisonnement de la Renaissance, le XVIIe va vouloir endiguer ce flot d'innovations en fixant l'orthographe et la prononciation. La langue, instrument de centralisation politique devient donc une affaire d'Etat: En 1635, Richelieu fonde l’Académie française, qui est chargée de créer un dictionnaire, une grammaire et de prendre soin de la langue française.

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