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 CHAPITRE I
 QU’EST-CE QU’UN MYTHE ?




 La première définition du mythe est donnée par Claude-Gilbert Dubois, Professeur de Langue et de Littérature françaises à l’université Michel de Montaigne Bordeaux1. Selon cet universitaire, le mot ‘mythe’ peut être saisi selon deux acceptions :

 -Une acception restreinte et très courante désigne un mode discursif d’expression orale ou écrite qui se définit par trois points : le premier point est formel, le second est sémantique et le troisième relève de l’expression. 

1- Sur le plan de la forme, le mythe se caractérise par une trame narrative. Il y a une histoire racontée rendant possible une diégèse. 

2- Sur le plan sémantique, le mythe véhicule des éléments -schèmes et archétypes- constituant un bassin sémantique. 

3- Sur le plan de l’expression, il y a usage de la symbolisation.

 Claude-Gilbert Dubois précise, de même, qu’il y a une acception maximale qui emploie le terme mythe pour définir les axes fondamentaux d’une mythologie.2 Il donne l’exemple de la mythologie du christianisme qui renvoie aux contenus des deux Testaments comme le choix du Dieu de la Bible, la Création, la Chute, l’Incarnation, etc.

 Pour cerner le mot terme « mythe », nous avons eu recours également au dictionnaire Le Petit Robert qui propose les définitions suivantes :

 « Récit fabuleux, transmis par la tradition, qui met en scène des êtres incarnant sous une forme symbolique des forces de la nature, des aspects de la condition humaine. » 4

 Ce qui nous interpelle, en premier, dans cette définition c’est l’adjectif fabuleux qui a trait aux légendes, au merveilleux et aux récits élaborés par l'imagination.

 Sous un autre angle, puisque la définition ne qualifie pas les êtres que met en scène le mythe, elle sous-entend à la fois les dieux, qui symbolisent les forces de la nature ; par exemple Zeus, le dieu tonnant, incarne la puissance de la foudre terrifiante, les demi-dieux et les héros. 

De plus, le même dictionnaire donne au mythe les synonymes suivants : fable, légende et offre des exemples de types de mythes : Mythes théogoniques5, mythes cosmogoniques6. Le Petit Robert donne d’autres exemples : Mythes chrétiens et mythes païens.7 Ce parallélisme signale l’urgence d’expliquer un point très important, à savoir le lien entre mythe, paganisme et christianisme ou religion chrétienne. Par paganisme on entend l’ensemble des religions polythéistes de l'Antiquité, en particulier l'Antiquité grecque. Polythéistes est un adjectif référant à celui qui croit en une pluralité de divinités. Être polythéiste est d’ailleurs une manière d'être, de penser d'un individu ou d'un groupe d'individus, caractérisée par l'absence de croyance en un dieu unique. Contrairement à cela, le terme chrétien renvoie au Christianisme, l’une des trois religions monothéistes après le Judaïsme et l’Islam. Rappelons que si l’Antiquité grecque date du IVème millénaire avant notre ère (v. 3500−3000 av. J.-C.), le Christianisme s’est constitué à l’aube de l’ère universelle ce qui explique des thèmes ‘mythiques’ récurrents dans les deux types de fonds culturels, à titre d’exemple la ressemblance entre le divin et l’homme, appelée communément anthropomorphisme. 

Nous retenons de cette définition du Petit Robert que le mythe est un récit fabuleux transmis par tradition et qu’il est synonyme de fable ou de légende. Le dictionnaire en question fait remarquer l’existence des types de mythes à l’instar des mythes chrétiens et des mythes païens. D’où il est possible d’affirmer que le paganisme (polythéisme) n’est pas le monopole de la mythologie. En réalité, il s’agit d’une sorte de survivances des thèmes mythiques.

 Quant à Gilbert Durand8, il souligne que le mythe a été autrefois déprécié et compris en tant que « récit fabuleux, d'origine populaire et non réfléchie ». Ensuite, l’anthropologue formule la définition suivante : « Le mythe apparaît comme un récit mettant en scène des personnages, des situations, des décors généralement non naturels (divins, utopiques, surréels etc.) segmentables en séquences ou en petites unités sémantiques (mythèmes) dans lesquels s’investit obligatoirement une croyance».9 

La définition de Gilbert Durand se démarque, plus au moins, de celle donnée par Le Petit Robert, car l’anthropologue insiste sur le fait qu’il y a une croyance ferme en le mythe ce qui le différencie de la fable ou du conte. 

Dans le même esprit de bien clarifier le vocable mythe, nous faisons appel à la contribution de Philippe Sellier (1831) à ce sujet. Dans son article « Qu’est- ce qu’un mythe littéraire ? », Sellier rappelle qu’un mythe est :

 « Un récit fondateur, un récit instaurateur qui explique comment s’est fondé le groupe, le sens de tel ou tel interdit, l’origine de la condition présente de l’homme. Le mythe est tenu pour vrai et remplit une fonction « sociale et religieuse » dans la mesure où il se présente comme le ciment du groupe. C’est un intégrateur social qui propose des normes de vie à partir desquelles les personnages agissent en vertu "d’une logique de l’imaginaire". 10 

D’après cette citation nous pouvons remarquer qu’en plus d’avoir souligné que le mythe est tenu pour vrai, Sellier définit le terme en insistant sur sa fonction sociale, voire religieuse en étant le ciment du groupe. Pour conclure, nous allons recourir à la définition de l’éminent Mircea Eliade11. Par ses recherches, ses réflexions et ses ouvrages innombrables, Mircea Eliade est l’un des ethnologues et historiens des religions qui ont beaucoup contribué à la réhabilitation du mythe dans la pensée moderne. Selon lui : La définition donnée par Mircea Eliade souligne les traits suivants du mythe : 

- Le mythe raconte une histoire vraie, non détachée de la réalité et relate un événement qui s’est produit dans le temps fabuleux (primordial).

 - L’histoire racontée relève du sacré, car elle est le fait des êtres surnaturels.

 -Le mythe est reconnu de tout le monde et en cette qualité il est donc universel. 

-Le mythe est tout aussi le récit d’une création, c’est-à-dire il raconte comment une chose est venue au monde.

 - Les personnages des mythes sont des personnages surnaturels et le sont ainsi grâce à leurs exploits dans le temps du commencement. 

- Les mythes racontent l’irruption du sacré (ou du sur-naturel) dans le monde.

 - Le mythe ne porte pas de datation précise. Le temps du mythe est celui de l’éternité, la répétition,

En guise de conclusion, la gamme de toutes ces définitions citées permet de formuler la synthèse suivante : Le mythe est un mode discursif oral ou écrit qui a une trame présentant les archétypes et les éléments de contenus sémantiques sous une forme symbolique. Par extension, le terme renvoie à tous les axes qui permettent de parler d’une mythologie donnée qu’elle soit païenne, chrétienne ou autre. De plus, le récit mythique, quoiqu’il réfère à la réalité, est pris parfois pour fable ou légende. Contrairement à cela, les sociétés qui ont beaucoup cultivé les mythes croient et se réfèrent à ces récits symboliques qui gardent un lien très étroit avec ce qui s’est passé dans l’histoire et cela depuis le temps primordial. Quant aux personnages du récit mythique, ils sont des êtres surnaturels faisant que l’histoire racontée relève du sacré. Ainsi, le mythe remplit une fonction sociale et ou religieuse parce qu’il représente le lien qui unit le groupe.

 Enfin, les mythes ne fonctionnent pas dans une société donnée d’une façon isolée, mais ils se complètent formant un ensemble composite qui reflète tous les aspects du savoir social. Dans ce sens, le mythe explique comment les choses se sont produites, la venue des êtres, les fêtes, les rites etc. 

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